Réaliser le travail décent et la protection sociale pour tous: comment la société civile crée le changement

Réaliser le travail décent et la protection sociale pour tous: comment la société civile crée le changement

Realising Decent Work and Social Protection for All: How civil society organisations are creating change (in English)

Les crises qui ont frappé le monde ces dernières années ont incontestablement montré notre vulnérabilité face à un environnement en constante évolution.

Le récent tremblement de terre au Japon et le tsunami qui s’en est suivi ont rapproché du point de rupture le niveau de ressources de l’un des pays les plus développés du monde, privant plusieurs milliers de personnes de foyers et de moyens de subsistance. La mondialisation, les conditions de marché changeantes et les chocs économiques, environnementaux et financiers réunis participent à plonger les populations pauvres et vulnérables dans une extrême pauvreté et à créer de nouveaux groupes vulnérables, incapables de s’adapter ou de faire face à l’évolution des circonstances. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que la crise financière mondiale à elle seule pourrait avoir plongé 200 millions de personnes dans la pauvreté et qu’elle anéantit certains des progrès accomplis envers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

S’il est généralement accepté que les pays qui disposaient de systèmes de sécurité sociale efficaces et efficients avant la survenue de la crise étaient beaucoup mieux parés pour faire face aux conséquences de cette dernière, seul un cinquième de la population mondiale bénéficie d’une couverture sociale adéquate. Cependant, les effets des crises ne sont que les symptômes d’une absence d’équité mondiale plus large et soutenue.

L’investissement dans un socle de protection sociale pour toutes et tous constitue non seulement un droit humain fondamental et un besoin social, mais aussi une nécessité économique. La protection sociale fournit bien plus qu’un filet de sécurité pour les pays, les communautés, les familles et les individus : elle s’inscrit dans le cadre d’une approche globale visant à sortir les populations de la pauvreté, en leur permettant non seulement de bénéficier de la croissance, mais aussi d'y participer de manière productive. Enfin, et c’est le facteur le plus important, elle est abordable : avec seulement 2 % du PNB mondial, l’ensemble des populations pauvres du monde pourrait recevoir un niveau minimum de protection sociale. Ce niveau de base ferait de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) une réalité tangible, en permettant aux groupes vivant dans la pauvreté d'accéder à des services fondamentaux en matière d'éducation et de santé, ainsi qu'aux opportunités d'emploi, afin de préparer un avenir durable pour eux-mêmes et leurs familles.

Face aux inégalités mondiales croissantes générant des troubles sociaux et une aggravation du fossé entre les riches et les pauvres, nous ne pouvons plus attendre la « prochaine crise » pour prendre des mesures garantissant un niveau de protection sociale minimum pour toutes et tous. Il existe un consensus grandissant au sein des gouvernements, des organisations de la société civile (OSC), des mouvements syndicaux et de la population elle-même, du Nord et du Sud, selon lequel un niveau minimum mondial de protection sociale pour tous permettrait aux sociétés et aux individus de se préparer aux chocs futurs, afin d’atteindre les OMD auxquels s’est engagée la communauté internationale, et de libérer le potentiel économique, social et productif de plusieurs millions de personnes prisonnières de la pauvreté.

La société civile et les organisations de travailleurs ont en cela un rôle vital à jouer :

  • Soutenir le passage à l’adoption d’un niveau minimum mondial de protection sociale, comme prévu dans l’Initiative de l’OIT pour un socle de protection sociale ;
  • Organiser et porter la voix des travailleurs et des autres groupes vulnérables dans leurs revendications pour l’équité et une vie décente ; et
  • Demander des comptes aux gouvernements et à la communauté internationale en cas de non-respect dans la mise en œuvre des législations, des politiques et des financements à laquelle ils se sont engagés.

Le Réseau global, coordonné par SOLIDAR, et la Fédération internationale des associations pour l’éducation des travailleurs, a l’objectif de renforcer les capacités des OSC et mouvements de travailleurs du monde entier de réclamer leurs droits humains, sociaux et économiques, y compris le droit fondamental de chacun à bénéficier d’un niveau minimum de protection sociale, et ce :

  • En leur donnant le pouvoir de développer une voix collective forte et de prendre des mesures pour créer un changement d’ordre politique, législatif, social et pratique;
  • En fournissant des preuves visant à étayer leurs demandes; et
  •  En créant des liens avec des mouvements ouvriers et sociaux plus larges, dans l'optique de soutenir leurs revendications en matière d’équité et de changement.

Le chapitre 2 (« Examen par région ») du présent rapport (disponible en anglais et espagnol) mettra l’accent sur les exemples illustrant comment les membres du Réseau global soutiennent les organisations de travailleurs ; réalisent des actions de sensibilisation sur le droit fondamental à bénéficier d’une sécurité sociale et de conditions de travail décentes ; plaident pour des réformes législatives afin que tout et chacun puisse bénéficier d’un niveau de protection sociale minimal et de conditions de travail décentes ; surveillent la mise en œuvre de la législation en vigueur afin de garantir la concrétisation des engagements si durement obtenus en faveur du changement.

Nous examinerons des exemples provenant des régions du Réseau global : la région Afrique du Réseau global a travaillé conjointement avec le Syndicat sud-africain des travailleurs domestiques (SADSAWU) pour mener des études de cas en matière de protection sociale des travailleurs domestiques, afin de montrer les écarts existants entre la loi et la pratique. Des membres de la région Asie du Réseau global, à savoir la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU) et la Labour Education Foundation (LEF) au Pakistan, détailleront leur travail pour autonomiser les travailleurs domestiques immigrés et les travailleuses à domicile pour accéder aux régimes de protection sociale. Le travail mené par la région Amérique latine du Réseau global et Foro Salud au Pérou soulignera le rôle des organisations de la société civile dans la surveillance de la mise en œuvre de la législation en vigueur et la dénonciation des violations des droits. Enfin, le membre du Réseau global pour les pays Arabes, le Centre pour la démocratie et les droits des travailleurs (DWRC) en Palestine, examinera le rôle que peuvent jouer les organisations comme la sienne pour aider la population de la région à poursuivre la revendication de ses droits et à obliger les gouvernements à respecter leurs engagements en faveur du travail décent et de la protection sociale pour tous.

Malgré la pression incessante exercée par la société civile et les organisations de travailleurs, sans un engagement politique et financier mondial et un cadre cohérent concerté, seule une partie de la population pourra bénéficier d’un niveau minimum de protection sociale et de conditions de travail décentes.

Le temps d’agir est venu. L’Initiative de l’OIT pour un socle de protection sociale fournit un cadre cohérent et exploitable qui permettra de développer des plans de protection sociale pertinents, faisant l'objet d’une appropriation nationale. La communauté internationale doit s’engager d’un point de vue politique, législatif et financier. Pour fonctionner, ces engagements doivent être assortis d’une plus grande cohérence des politiques en faveur du développement. Il va de soi que l’objectif consistant à fournir une protection sociale et des conditions de travail décentes pour tous ne peut ni ne sera réalisé sans l’exercice de la surveillance particulière et sans la prise en compte de la voix collective résonnante des travailleurs et des autres groupes vulnérables dont il entend changer la vie. Le rôle essentiel et continu de la société civile et les organisations de travailleurs doit être soutenu et facilité par la communauté internationale et les gouvernements nationaux ; ces organisations doivent poursuivre leur engagement en tant que partenaires à part entière dans le développement, la mise en œuvre et la surveillance des politiques nationales de protection sociale.

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